Publié le 18 juin 20263 min de lecture

Nous savons que l’initiation d’une tâche est une des grandes problématiques chez les adultes avec un TDAH (Barkley, 2012).
Au-delà de ce qu’on pourrait appeler la procrastination, la pensée de « devoir faire » sans le pouvoir provoque un coût cognitif important.
Cette inertie peut être liée à plusieurs possibilités : dépression, fatigue cognitive après effort intense (comme vu précédemment), etc. Il en est une dont j’entends peu parler et liée directement aux fonctions exécutives dérégulées : ne pas réussir à discriminer les éléments nécessaires pour débuter une tâche (Willcutt et al., 2005).
En gros, ne pas savoir comment s’y prendre à cause d’un enjeu qui nous semble important et la peur de ne pas atteindre le niveau de réalisation souhaité… par manque de clarté (Brown, 2013).
La personne avec un TDAH va, dans ce cas, chercher la perfection et les moyens d’y arriver (oui, cela ressemble quand même pas mal à la procrastination), mais dans ce cas précis, ce que j’appellerai le « flou d’énoncé » mental annihile la volition et en est le responsable (Kuhl, 2000).
Pour mieux comprendre, si nous nous plaçons dans un contexte d’apprentissage et que nous avons un livrable à rendre, que celui-ci manque de clarté et sans aucun feedback, là où tout un chacun va se lancer et réfléchir au fur et à mesure sur ce qu’on attend précisément de lui/elle, la personne avec un TDAH va examiner toutes les possibilités en se posant question sur question avec visualisation des résultats possibles, sans réussir à choisir la voie à suivre pour initier (Niermann & Scheres, 2014).
Eh bien, c’est la même chose dans la vie quotidienne : la surcharge cognitive due à la dérégulation de la fonction de discrimination paralyse et, par extension, désorganise (Willcutt et al., 2005).
La volition (l’acte de la volonté permettant d’initier une tâche et de s’y maintenir) est donc fortement compromise par ce flou d’énoncé.
Les solutions sont aujourd’hui assez connues : découpage des tâches en séquences courtes, usage de timers, établir un objectif facilement réalisable immédiatement, recommencer après chaque séquence finalisée, progression de la difficulté, etc. (Safren et al., 2005).
Mais voilà, cela demande une organisation stricte, précisément l’un des premiers soucis d’une personne TDAH (Barkley, 2012). Et si elle n’arrive pas à se tenir à ces solutions prescrites à longueur de recommandations sur les réseaux sociaux, c’est l’effondrement de l’estime de soi et l’ancrage de croyances épistémiques destructrices pour une nouvelle tâche (Hoza et al., 2010).
Les solutions fonctionnent généralement, mais en cas d’échecs répétés, il vaut mieux se faire accompagner avec une thérapie comportementale (TCC), ou consulter un médecin pour évaluer si une médication ne serait pas utile temporairement, de sorte que l’habitude prenne le relais de la chimie avec les TCC une fois ancrée (Safren et al., 2005).
Barkley, R. A. (2012). Executive functions: What they are, how they work, and why they evolved. Guilford Press.
Brown, T. E. (2013). A new understanding of ADHD in children and adults: Executive function impairments. Routledge.
Hoza, B., Murray-Close, D., Arnold, L. E., Hinshaw, S. P., Hechtman, L., & the MTA Cooperative Group. (2010). Time-dependent changes in positively biased self-perceptions of children with attention-deficit/hyperactivity disorder. Development and Psychopathology, 22(2), 375-390. Lien
Kuhl, J. (2000). A functional-design approach to motivation and self-regulation. In Handbook of self-regulation (pp. 111-169). Academic Press.
Niermann, H. C., & Scheres, A. (2014). The relation between procrastination and symptoms of ADHD in undergraduate students. Psychological Reports, 115(3), 902-912. Lien
Safren, S. A., Sprich, S., Mimiaga, M. J., Surman, C., Knouse, L., Groves, M., & Otto, M. W. (2005). Cognitive behavioral therapy vs relaxation with educational support for medication-treated adults with ADHD and persistent symptoms. JAMA, 304(8), 875-880. Lien
Willcutt, E. G., Doyle, A. E., Nigg, J. T., Faraone, S. V., & Pennington, B. F. (2005). Validity of the executive function theory of ADHD: A meta-analytic review. Biological Psychiatry, 57(11), 1336-1346. Lien